Cette première partie est une exploration de l’enseignement du Bouddha, en relation avec notre vie de tous les jours, et dans laquelle nous retrouvons l’élément central de l’enseignement du Bouddha : la non-existence de l’entité personnelle.

Il y a trois points de vue sur ce qui se passe au décès. Le premier, le point de vue éternaliste suppose l’existence d’une entité-ego éternelle qui survit à la mort. Le second enseigne l’existence d’une entité-ego temporaire qui s’annihile à la mort : c’est le point de vue annihilationniste, ou matérialiste. Le troisième point de vue est celui de la renaissance. Selon le Bouddha, ce que nous appelons ego, moi, âmepersonnalité, etc. qui renaissent ou se réincarnent ne sont que des termes conventionnels qui ne se réfèrent à aucune entité indépendante, et que tout ce qui peut être trouvé chez l’être humain se résume à un processus psycho-physique de l’existence qui change d’instant en instant. Une bonne compréhension de la doctrine de renaissance est au cœur de l’enseignement.

15 réflexions au sujet de “Partie 1”

    • Je pense que la réponse n’est pas simple, Anne-Marie, mais, en gros, c’est le fait de confondre « résistance » et « à ». Il faut regarder le phénomène de « résistance », qui est la seule réalité, la seule chose qui se passe au moment où ça se passe. L’objet de la résistance (le « à ») n’existe pas en réalité: il est fabriqué par soi. La seule chose qu’on peut dire et qui reflète la réalité est « Ah tiens! Il y a de la résistance (ou de l’aversion) en ce moment! » Simplement de reconnaitre qu’il s’agit d’un simple phénomène, et qu’un phénomène, ça passe, comme tout le reste.

      Chose certaine, ta question est en plein au coeur de l’enseignement du Bouddha. Elle va constituer un chapitre du livre.

      Merci!

    • Je te remercie de poser la question, Josée, car elle est dans les pensées de plusieurs qui pratiquent Vipassana. Je me rappelle avoir posé la même question à un enseignant, un peu après avoir commencé cette forme de méditation, préoccupé de voir tant de négativités remonter à la surface.

      « Imagine que tu es en train de laver une chemise qui est très sale, m’avait-il dit. Tu la mets dans la lessiveuse et tu ajoutes du savon. Après quelques minutes, tu soulèves le couvercle pour vérifier comment les choses avancent. Si tu t’aperçois que l’eau est toujours propre, tu devrais te questionner sur l’efficacité du savon que tu utilises, car ça veut dire que la saleté est encore dans la chemise. Si l’eau devient sale, par contre, c’est que le savon a fait son travail et que la saleté a quitté la chemise.

      « Les négativités que tu vois se manifester lors de tes méditations sont la saleté dans l’eau de lessive. Ces souillures sont en train de se détacher de ton esprit, comme celles qui sont en train de quitter la chemise. Tu en es témoin. Si tu ne fais rien, que tu ne réagis pas et que tu ne te laisses pas emporter, ton esprit est en train de se purifier. »

      Cette petite réponse m’avait fait réaliser que les sankhara qui remontent sont signe que ton esprit est en train de se nettoyer, et c’est une très bonne nouvelle.

  1. Bonjour,

    Merci pour cet effort de transmission du Dhamma.

    Trois commentaires :

    1. « il convient de préciser que le terme bouddhisme n’est apparu que plus d’un siècle après que le Bouddha eut quitté ce monde, » -> je ne comprends pas trop cette phrase. Qu’entends-tu par le terme Bouddhisme ? Le lien suivant mentionne de très bonnes sources expliquant que le terme Bouddhisme a été utilisé en premier au 19ème siècle https://www.reddit.com/r/zen/comments/dor1bl/yunmens_bow_three_times/f5qf48l/

    2. D’où proviennent tes traductions du Pali Canon ? Pour ma part je préfère la traduction de « kusala » par « habile » et non « bonne » comme tu l’utilises dans le Kalama Sutta dans la phrase « Ces choses sont bonnes ». En effet le terme est disputable en traduction, voir lien ci-dessous, mais pour moi, utiliser le mot « habile » mets en perspective sa connection avec la compréhension/vue juste qui pointe vers la distinction entre les actions habiles menant vers la fin de la souffrance et les actions mal habiles menant vers la souffrance. Ceci rentre alors dans le cadre des 4 Nobles Vérités. Ajahn Thanissaro est pour moi une très bonne référence en ce qui concerne les traductions du Canon Pali orienté pour la pratique du Sentier. (voir son utilisation du terme « origination » pour « samudaya », qui fait le lien avec la loi de causalité et la coproduction conditionnée)

    https://buddhism.stackexchange.com/questions/2024/does-kusala-skillful-also-mean-wholesome-and-morally-good

    3. L’éditeur de commentaires n’est pas très pratique à utiliser. Est-ce possible de l’améliorer avec texte enrichi, lien hypertexte, etc. ?

    Merci pour tout,
    Avec Metta,

    • Merci de tes remarques, Anonymous. Tu as raison: le bouddhisme comme système organisé a pris naissance quelque 150 ans après la mort du Bouddha, mais pas le terme lui-même, comme tu le mentionnes très bien.

      L’utilisation du mot « habile » plutôt que « bonne » est plus appropriée, je suis d’accord avec toi. Je vais faire la correction en expliquant pourquoi.

      Pour l’éditeur de commentaires, je vais tenter de voir s’il y a une autre solution plus pratique et plus flexible.

  2. Bonjour et merci pour tout,

    Une critique par rapport au passage suivant : « Tout d’abord, le mot « méditation » est plutôt récent, et, il y a 2500 ans, il n’y avait pas d’équivalent dans la langue Pāli. Le mot utilisé était « bhāvanā », qui signifie développement mental. En passant, lorsque, dans le milieu, on parle de Vipassana, on y réfère comme une « technique » ou « exercices ». C’est le pendant de la culture physique : de la culture mentale.

    Et le mot « vipassana » veut dire « vision intérieure » (ou « vue pénétrante ») des phénomènes qui apparaissent à chaque instant dans le corps et dans l’esprit, dans le but d’en comprendre la véritable nature, au-delà des apparences.

    Par conséquent, Vipassana est une technique de développement d’une faculté qui nous permet de comprendre la vraie nature des phénomènes qui constituent l’existence. Cette faculté est appelée « sagesse » (paññā). »

    D’après moi, le mot utilisé au temps du Bouddha pour parler de méditation en général, dans son sens formel, est le mot Jhana qu’il utilise pour parler des pratiques méditatives que d’autres ascètes pratiquaient avant lui, des pratiques de méditation malhabiles (voir moha samadhi dans cet essaie https://www.dhammatalks.org/books/PurityOfHeart/Section0013.html), tout autant que des jhanas qui mènent à la libération inclus dans samma samadhi.

    Voie la définition de Jhana dans le dictionnaire PTS https://dsalsrv04.uchicago.edu/cgi-bin/app/pali_query.py?qs=Jh%C4%81na&searchhws=yes, et je sais que certains traducteurs traduisent jhana par méditation dans le pali canon, les quatre Jhanas devenant 4 niveaux de méditation progressifs. (je pourrais faire une recherche pour ça, mais il me semble que les anciennes traduction du Pali canon traduisait ainsi Jhana). (De plus, nous risquons de rentrer dans le sujet controversé de la définition des Jhanas et de leur utilisation, voir « Sutta jhana vs Visuddhimagga jhanna » sur google)

    Il y a aussi un bonne référence qui tentait de faire la différence entre les pratiques spirituelles des Brahmins, Jains et Bouddhistes au temps du Bouddha. Je vais tenter de la retrouver.

    Ensuite, une conception très fréquente que j’ai souvent vu et la confusion avec le terme vipassana et comment le buddha l’utilisait dans le cannon pali. Il semble que ce mot soit seulement utilisé pour décrire la qualité de « vision pénétrante » (insight) qui se développe avec la meditation et le noble Sentier et non une technique en tant que telle à l’époque du Bouddha. Dans les temps moderne, ce terme a vu sa signification changer pour inclure les techniques de méditation « dry » amenant cette qualité. Voir l’excellent article de Ajahn Thanissaro (https://www.dhammatalks.org/books/NobleStrategy/Section0012.html) dans le très bon recueil Noble Strategy, que je conseil à tout le monde.

    Avec Metta

    • Merci de ton commentaire, Anonymous. En effet, tu as raison, le Bouddha parle beaucoup de 4 jhanas et de leur importance. Par contre, pour accéder à Vipassana, il a dit qu’un bon samadhi était suffisant, et, comme la Partie 1 du livre est un survol pour le bénéfice des non-méditants, j’ai pensé qu’il n’était pas utile d’entrer aussi profondément dans le sujet et ses technicalités, au risque que certains lecteurs trouvent ça trop aride. Pour l’utilisation de mots comme « technique » ou « exercices », je les ai vus chez Ledi Sayadaw et U Ba Khin, et j’aime bien leur côté pratico-pratique. Je vais certainement lire les textes que tu suggères.

      Encore merci de ta collaboration,
      Pierre

      • OK, je comprends bien. J’avoue que ce texte s’inscrit dans une approche pour les personnes qui n’ont pas encore médité, alors il faut bien gérer la « gradation », donc ta réponse est tout à fait pertinente. Cela rejoint l’enseignement graduel (https://www.wikiwand.com/en/Anupubbikath%C4%81#:~:text=In%20Theravada%20Buddhism%2C%20anupubbikath%C4%81%20or,to%20suitably%20receptive%20lay%20people.)
        Mon commentaire témoigne peut-être simplement de la confusion qui régnait en moi (et qui règne toujours d’une certaine manière…) lorsque j’ai commencé à étudier plus minutieusement les suttas et le Visuddhimagga. Je pouvais voir que la façon dont le Bouddha parlait des Jhanas dans le canon Pali était en fait la façon naturelle et inclusive de parler de la méditation à son époque et que ces étapes de développement étaient en lien avec une conscience du corps en entier muni d’un balayage de la conscience (voir kayagatasati sutta par exemple). Ainsi, en développant ces différents niveaux de méditations “facilement accessible », en retraite normalement, on développe les qualités mentales de samatha et vipassana, calme et vision pénétrante. Voici en quelques mots comment je comprends la méditation dans les Sutta.
        Cependant, cette interprétation (sutta Jhanna) contredit alors celles plus couramment utilisées dans les cercles d’Insight comme Vipassana par S.N. Goenka, Mahasi Sayadaw ou Pa Auk qui interprètent d’après moi les Jhanas exclusivement comme des états d’absorption très concentrés en un point avec un nimitta (image mentale) et où les stimulis sensoriels sont oblitérés complètement. Avec une telle interprétation, l’usage du concept des Jhana dans la pratique courante devient hors de portée et réservé à une minorité de méditants aguerris à ce genre d’exercice, ceux-ci étant accessibles en suivant les instructions du Visuddhimagga, mais nécessitent en général de nombreuses années de pratique intense. Il y a donc une distinction à faire entre toutes ces interprétations de Jhana : Sutta Jhana, Vipassana Jhana (Mahasi Sayadaw) Samatha Jhana, Visuddhimagga Jhana. Il est intéressant aussi de voir pourquoi et comment telles interprétations ont pu voir le jour au cours de l’histoire, chaque auteur et méditant évoluant dans un milieu clos d’accès au Sutta et aux commentaires (jusqu’à l’avènement d’internet…) et devant réinventer des termes, car certaines interprétations étant trop limités.
        Merci pour le partage et bonne pratique !

        • Je conserve très précieusement tes commentaires pour la Partie 2, Anonymous. Cette partie sera composée de chapitres plus long, pour ceux et celles qui « veulent en savoir plus », et j’y aborderai des points précis de la doctrine. C’est surtout là que ton œil m’aidera à éviter les erreurs. En attendant, pour la Partie 1, je me réfère à la tradition Ledi Sayadaw/U Ba Khin/Goenka, où l’emphase est mise sur sampajañña, l’observation et la compréhension constante de l’impermanence.

          Merci encore,
          Pierre

  3. J’ai retrouvé la référence pour les différentes traditions de méditations au temps du Bouddha : JOHANNES BRONKHORST, THE TWO TRADITIONS OF MEDITATION IN ANCIENT INDIA (https://ahandfulofleaves.files.wordpress.com/2012/08/two-traditions-of-meditation-in-ancient-india_bronkhorst_1993.pdf)

    Et peut-être une référence de plus pour étayer la compréhension du mot Jhana, voir la sutta Kayagatisati https://suttacentral.net/mn119/en/sujato qui donne une description des Jhana en infusant la pleine conscience dans le corps avec différents niveaux de raffinement. Pour un traitement détaillé de ce thème dans le canon pali, voir le guide d’Ajahn Thanissaro https://www.dhammatalks.org/books/MindfulBody/Contents.html

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