Par l’utilisation du mot bouddhisme, nous faisons habituellement référence à une « organisation » dont les membres obéissent à des règles issues de « l’enseignement du Bouddha ». Cette vue suppose la construction d’un système philosophique ou psychologique particulier, conçu par un esprit, admirable certes, et qu’on pourrait comparer à d’autres esprits et à d’autres systèmes.

L’emploi de enseignement DU Bouddha n’est cependant qu’une façon commode et conventionnelle de communiquer, et prétendre qu’il s’agit réellement de SON enseignement serait une erreur.

Lorsque, à 29 ans, Siddhattha Gotama quitta son palais royal, il abandonna son statut de prince ainsi que toutes ses possessions, et n’emporta pour tout bagage que ces questions qui furent à l’origine de cette prise de conscience des douloureuses insuffisances de son existence. Qu’est-ce que la souffrance ? Pourquoi la souffrance existe-t-elle ? Est-ce la condition inéluctable de la vie ? Existe-t-il une condition qui soit libre de toute souffrance ?

C’est après six années de travail acharné qu’il comprit les causes réelles de toute cette masse de souffrance, et c’est par cette même compréhension qu’il s’émancipa de cette condition précaire et insatisfaisante de sa propre vie.

À 35 ans, cette libération fut le départ de ses quarante-cinq années d’enseignement, où tout son effort consistait à révéler et faire comprendre ces causes. Selon son propre dire il enseignait le Dhamma, c’est-à-dire ces lois fondamentales qui gouvernent tous les phénomènes de l’univers, la nature de ces phénomènes, autant mentaux que physiques.

L’enseignement est donc un ensemble de principes scientifiques fondés sur l’analyse, le discernement et l’investigation raisonnée qui rend compte du principe universel et inévitable de conditionnalité, stipulant que tout ce qui existe apparait en subordination à des conditions, et cesse quand ces conditions cessent.

Ce principe s’applique autant au non-vivant qu’au vivant, et rend compte aussi bien de la naissance et la mort des galaxies que de l’existence de la simple mouche à fruits… en passant, bien entendu, par tous les phénomènes mentaux des êtres humains. (Je prie tout de suite le lecteur de ne pas conclure à une interprétation matérialiste de l’existence.)

Cette compréhension est le produit d’une vision mentale pénétrante (vipassana), faculté qui ne passe ni par la spéculation, ni par ses propres idées reçues, ni par la connaissance de textes philosophiques ou de discours de sages, et qui n’a que la vérité du moment comme guide. Cette exploration se réalise — et cette découverte est unique au Bouddha — par l’observation objective et systématique des sensations corporelles, afin d’en comprendre le rôle capital dans la génération de la souffrance. De plus, cette forme d’observation constitue une authentique chirurgie de l’esprit, libérant le méditant de tout mal qui l’afflige.

À force de méditer et de découvrir le pouvoir thérapeutique de cette forme d’exploration intérieure, j’en suis de plus en plus émerveillé, et c’est cet émerveillement devant l’inévitabilité et la parfaite logique de cet enseignement que je souhaite communiquer dans les pages qui vont suivre.

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